pierre soulages
L'intrigue du noir
Inspirations
Parmi les grands peintres qui m’inspirent depuis toujours, il y a l’incontournable Pierre Soulages. Son œuvre est à la mesure de l’intrigue qu’il initie constamment chez moi. Et lorsque je réalise mes propres recherches, une question lancinante pointe toujours le bout de son nez dans mes pensées : comment a-t-il pu donner cette lumière au noir ?
Ma première rencontre avec l’univers de Pierre Soulages, c’était à Paris, à l’Intercontinental. J’étais assise dans le hall de l’hôtel. Alors que j’attendais quelqu’un, je tournai la tête en direction de plusieurs lithographies accrochées au mur. Il s’agissait de différentes toiles réalisées par Soulages. Je fus instantanément attirée par la luminosité de ses noirs. Happée même, tel un papillon de nuit qui se risquerait à trop s’approcher d’une ampoule en pleine journée. Quitte à se brûler les ailes…
Ce jour-là, je n’ai pas brûlé les miennes. Toutefois, je garde en moi cette émotion intense, qui me traversa alors pour ne plus jamais me quitter. Par la suite, elle me guida au beau milieu des nombreuses découvertes que je fis sur cet artiste singulier. Un artiste dont j’ai personnellement et progressivement saisi la modestie, l’introspection, la réflexion et la distinction. Tout comme ce côté un peu ermite. Pierre Soulages était un homme né pas si loin d’ici, à Rodez. Il était doué d’une personnalité qui se remarquait, entre autres, par sa subtilité.
Pierre Soulages : parce que je suis en harmonie avec sa propre vision du noir
La peinture de Pierre Soulages émergeait d’un combat ancien entre la lumière et la matière. Ses premières œuvres, datant des années 1940 et 1950, portent encore la mémoire des terres aveyronnaises. Et ces grands signes noirs traversant chaque toile avec une force presque primitive illustrent idéalement son refus de céder à la narration et aux tentations de la couleur descriptive. C’est sur ce point précis que se joue, je crois, une grande partie de l’admiration que j’éprouve pour cet artiste hors norme depuis que j’ai rencontré ses œuvres.
En effet, par ce refus, Pierre Soulages souligne immuablement que le noir n’est pas pour lui une absence, mais une présence pleine, une énergie. Et c’est cette intention, ce ressenti, cette interprétation qui me traversent lorsque je réalise mes propres recherches sur le noir. Par exemple, pour Roger, Ligne de mire, Aztèque. Ou bien encore, Ghost. Bien sûr, j’ai conscience que je ne saurai jamais atteindre le degré de perfection de Soulages. Mais cette perspective qu’il donne au noir par ses travaux est celle qui m’encourage à tendre sans retenue vers la libération de l’émotion qu’il suscite en moi et moi seule.
Pierre Soulages : outrenoir
À partir des années 1970, la peinture de Pierre Soulages est devenue plus radicale encore. Les outils s’élargissent, les surfaces vibrent sous les stries, les creux et les reliefs. C’est cela aussi qui m’a complètement hypnotisée lorsque j’ai exploré ces travaux. Il faut dire que ces aspérités me tiennent à cœur. Elles impliquent d’illustrer que la vie est loin d’être lisse.
À partir de 1979, Pierre Soulages comprend que le noir peut réfléchir la lumière au lieu de l’absorber. Dès lors, ses toiles ne représentent plus : elles rayonnent. Cette optique marque le début de sa période “Outrenoir”, que j’affectionne à l’instar de nombreux autres. L’outrenoir fait du noir un territoire à explorer indéfiniement, quitte à s’y égarer des heures, des jours, des mois voire des années durant. Il matérialise ce que je nomme l’intrigue du noir de Soulages. Celle-ci recèle bien des mystères qui ne peuvent être dévoilés qu’à celui qui se laisse littéralement avaler par eux et à travers sa propre spiritualité.
Sombre/clair : LA toile qui m’a fait basculer
Sombre/clair est un vaste diptyque de 222 x 314 cm, composé d’un panneau brillant à gauche et mat à droite. Pierre Soulages l’a réalisé le 24 février 2008. Il pousse l’outrenoir vers une forme de méditation presque cosmique. Le tableau renvoie à cette seconde période de l’outrenoir inaugurée par l’artiste en 2004. À cette époque, Soulages abandonne définitivement l’huile pour l’acrylique. C’est pourquoi la toile ne s’observe pas de façon fixe. En fait, elle change selon l’angle de notre regard. On peut même avancer qu’elle se transforme en suivant, d’une certaine façon, le souffle de la lumière.
Christine Gaudy
Inspirations
pierre soulages
L'intrigue du noir
Parmi les grands peintres qui m’inspirent depuis toujours, il y a l’incontournable Pierre Soulages. Son œuvre est à la mesure de l’intrigue qu’il initie constamment chez moi. Et lorsque je réalise mes propres recherches, une question lancinante pointe toujours le bout de son nez dans mes pensées : comment a-t-il pu donner cette lumière au noir ?
Ma première rencontre avec l’univers de Pierre Soulages, c’était à Paris, à l’Intercontinental. J’étais assise dans le hall de l’hôtel. Alors que j’attendais quelqu’un, je tournai la tête en direction de plusieurs lithographies accrochées au mur. Il s’agissait de différentes toiles réalisées par Soulages. Je fus instantanément attirée par la luminosité de ses noirs. Happée même, tel un papillon de nuit qui se risquerait à trop s’approcher d’une ampoule en pleine journée. Quitte à se brûler les ailes…
Ce jour-là, je n’ai pas brûlé les miennes. Toutefois, je garde en moi cette émotion intense, qui me traversa alors pour ne plus jamais me quitter. Par la suite, elle me guida au beau milieu des nombreuses découvertes que je fis sur cet artiste singulier. Un artiste dont j’ai personnellement et progressivement saisi la modestie, l’introspection, la réflexion et la distinction. Tout comme ce côté un peu ermite. Pierre Soulages était un homme né pas si loin d’ici, à Rodez. Il était doué d’une personnalité qui se remarquait, entre autres, par sa subtilité.
Pierre Soulages : parce que je suis en harmonie avec sa propre vision du noir
La peinture de Pierre Soulages émergeait d’un combat ancien entre la lumière et la matière. Ses premières œuvres, datant des années 1940 et 1950, portent encore la mémoire des terres aveyronnaises. Et ces grands signes noirs traversant chaque toile avec une force presque primitive illustrent idéalement son refus de céder à la narration et aux tentations de la couleur descriptive. C’est sur ce point précis que se joue, je crois, une grande partie de l’admiration que j’éprouve pour cet artiste hors norme depuis que j’ai rencontré ses œuvres.
En effet, par ce refus, Pierre Soulages souligne immuablement que le noir n’est pas pour lui une absence, mais une présence pleine, une énergie. Et c’est cette intention, ce ressenti, cette interprétation qui me traversent lorsque je réalise mes propres recherches sur le noir. Par exemple, pour Roger, Ligne de mire, Aztèque. Ou bien encore, Ghost. Bien sûr, j’ai conscience que je ne saurai jamais atteindre le degré de perfection de Soulages. Mais cette perspective qu’il donne au noir par ses travaux est celle qui m’encourage à tendre sans retenue vers la libération de l’émotion qu’il suscite en moi et moi seule.
Pierre Soulages : outrenoir
À partir des années 1970, la peinture de Pierre Soulages est devenue plus radicale encore. Les outils s’élargissent, les surfaces vibrent sous les stries, les creux et les reliefs. C’est cela aussi qui m’a complètement hypnotisée lorsque j’ai exploré ces travaux. Il faut dire que ces aspérités me tiennent à cœur. Elles impliquent d’illustrer que la vie est loin d’être lisse.
À partir de 1979, Pierre Soulages comprend que le noir peut réfléchir la lumière au lieu de l’absorber. Dès lors, ses toiles ne représentent plus : elles rayonnent. Cette optique marque le début de sa période “Outrenoir”, que j’affectionne à l’instar de nombreux autres. L’outrenoir fait du noir un territoire à explorer indéfiniement, quitte à s’y égarer des heures, des jours, des mois voire des années durant. Il matérialise ce que je nomme l’intrigue du noir de Soulages. Celle-ci recèle bien des mystères qui ne peuvent être dévoilés qu’à celui qui se laisse littéralement avaler par eux et à travers sa propre spiritualité.
Sombre/clair : LA toile qui m’a fait basculer
Sombre/clair est un vaste diptyque de 222 x 314 cm, composé d’un panneau brillant à gauche et mat à droite. Pierre Soulages l’a réalisé le 24 février 2008. Il pousse l’outrenoir vers une forme de méditation presque cosmique. Le tableau renvoie à cette seconde période de l’outrenoir inaugurée par l’artiste en 2004. À cette époque, Soulages abandonne définitivement l’huile pour l’acrylique. C’est pourquoi la toile ne s’observe pas de façon fixe. En fait, elle change selon l’angle de notre regard. On peut même avancer qu’elle se transforme en suivant, d’une certaine façon, le souffle de la lumière.
Christine Gaudy
Inspirations
pierre soulages
L'intrigue du noir
Parmi les grands peintres qui m’inspirent depuis toujours, il y a l’incontournable Pierre Soulages. Son œuvre est à la mesure de l’intrigue qu’il initie constamment chez moi. Et lorsque je réalise mes propres recherches, une question lancinante pointe toujours le bout de son nez dans mes pensées : comment a-t-il pu donner cette lumière au noir ?
Ma première rencontre avec l’univers de Pierre Soulages, c’était à Paris, à l’Intercontinental. J’étais assise dans le hall de l’hôtel. Alors que j’attendais quelqu’un, je tournai la tête en direction de plusieurs lithographies accrochées au mur. Il s’agissait de différentes toiles réalisées par Soulages. Je fus instantanément attirée par la luminosité de ses noirs. Happée même, tel un papillon de nuit qui se risquerait à trop s’approcher d’une ampoule en pleine journée. Quitte à se brûler les ailes…
Ce jour-là, je n’ai pas brûlé les miennes. Toutefois, je garde en moi cette émotion intense, qui me traversa alors pour ne plus jamais me quitter. Par la suite, elle me guida au beau milieu des nombreuses découvertes que je fis sur cet artiste singulier. Un artiste dont j’ai personnellement et progressivement saisi la modestie, l’introspection, la réflexion et la distinction. Tout comme ce côté un peu ermite. Pierre Soulages était un homme né pas si loin d’ici, à Rodez. Il était doué d’une personnalité qui se remarquait, entre autres, par sa subtilité.
Pierre Soulages : parce que je suis en harmonie avec sa propre vision du noir
La peinture de Pierre Soulages émergeait d’un combat ancien entre la lumière et la matière. Ses premières œuvres, datant des années 1940 et 1950, portent encore la mémoire des terres aveyronnaises. Et ces grands signes noirs traversant chaque toile avec une force presque primitive illustrent idéalement son refus de céder à la narration et aux tentations de la couleur descriptive. C’est sur ce point précis que se joue, je crois, une grande partie de l’admiration que j’éprouve pour cet artiste hors norme depuis que j’ai rencontré ses œuvres.
En effet, par ce refus, Pierre Soulages souligne immuablement que le noir n’est pas pour lui une absence, mais une présence pleine, une énergie. Et c’est cette intention, ce ressenti, cette interprétation qui me traversent lorsque je réalise mes propres recherches sur le noir. Par exemple, pour Roger, Ligne de mire, Aztèque. Ou bien encore, Ghost. Bien sûr, j’ai conscience que je ne saurai jamais atteindre le degré de perfection de Soulages. Mais cette perspective qu’il donne au noir par ses travaux est celle qui m’encourage à tendre sans retenue vers la libération de l’émotion qu’il suscite en moi et moi seule.
Pierre Soulages : outrenoir
À partir des années 1970, la peinture de Pierre Soulages est devenue plus radicale encore. Les outils s’élargissent, les surfaces vibrent sous les stries, les creux et les reliefs. C’est cela aussi qui m’a complètement hypnotisée lorsque j’ai exploré ces travaux. Il faut dire que ces aspérités me tiennent à cœur. Elles impliquent d’illustrer que la vie est loin d’être lisse.
À partir de 1979, Pierre Soulages comprend que le noir peut réfléchir la lumière au lieu de l’absorber. Dès lors, ses toiles ne représentent plus : elles rayonnent. Cette optique marque le début de sa période “Outrenoir”, que j’affectionne à l’instar de nombreux autres. L’outrenoir fait du noir un territoire à explorer indéfiniement, quitte à s’y égarer des heures, des jours, des mois voire des années durant. Il matérialise ce que je nomme l’intrigue du noir de Soulages. Celle-ci recèle bien des mystères qui ne peuvent être dévoilés qu’à celui qui se laisse littéralement avaler par eux et à travers sa propre spiritualité.
Sombre/clair : LA toile qui m’a fait basculer
Sombre/clair est un vaste diptyque de 222 x 314 cm, composé d’un panneau brillant à gauche et mat à droite. Pierre Soulages l’a réalisé le 24 février 2008. Il pousse l’outrenoir vers une forme de méditation presque cosmique. Le tableau renvoie à cette seconde période de l’outrenoir inaugurée par l’artiste en 2004. À cette époque, Soulages abandonne définitivement l’huile pour l’acrylique. C’est pourquoi la toile ne s’observe pas de façon fixe. En fait, elle change selon l’angle de notre regard. On peut même avancer qu’elle se transforme en suivant, d’une certaine façon, le souffle de la lumière.